La grande histoire d’une petite boulangerie – pâtisserie

Il était une fois…

… une petite ville qui n’avait pas encore grandi. C’était vers 1890. Le pain coûtait 42 cts et le chemin de fer Palézieux – Châtel ne savait même pas qu’il allait être inauguré une dizaine d’année plus tard. Châtel et les châtelois avaient vu arriver quelques années auparavant un nommé Emile Schrag venant de Langnau et qui était meunier-boulanger, deux professions que l’on associait volontiers à cette époque. Il avait commencé par travailler dans le moulin Berthoud, appelé Moulin d’en bas, situé alors derrière l’actuelle scierie Berthoud.

Après avoir épouser une châteloise, Mlle Marie Genoud, du Crotalon, il ouvre sa première boulangerie en 1892 dans l’immeuble de l’hôtel des Bains, actuellement Passage Châtel Centre à côté du Café des Bains. C’est le début d’une longue tradition, la fabrication des pains d’anis et zweibacks qui seront bien vite connus et appréciés loin à la ronde. On travaille alors avec un four à bois direct.

L’entreprise prospère bien et, le 2 novembre 1903, Emile Schrag déménage pour s’installer à la Grand-rue 50 de l’époque, actuel n°25, dans un immeuble acheté à Mme Veuve Pie Philippona. C’est la troisième mais dernière étape de ce tour de Châtel puisque l’entreprise est maintenant définitivement installée dans ses murs et qu’elle n’en repartira plus. Le pain coûte alors 38 cts.

Emile Schrag développe son affaire et n’hésite pas à la moderniser au gré des découvertes de la technique. Il utilisera ainsi l’une des premières machines à pétrir de l’époque. En 1916, pendant la Première Guerre, le pain coûte 50 cts, un four à vapeur chauffé au charbon remplace le vieux four à bois. La pâtisserie devient également une branche importante de l’activité de l’entreprise.

En 1922, le pain coûte 55 cts, Emile Schrag remet le commerce à son fils Auguste, plus connu sous le nom de Guton. Le nouveau chef d’entreprise continue l’œuvre de son père et les pains d’anis s’apprécient de plus en plus loin, à Vevey, Lausanne, Zurich même. Ils sont présentés régulièrement au Comptoir Suisse à Lausanne. La fabrication des glaces s’ajoute à la production de la maison. Un peu plus tard, Emile Schrag et sa femme, qui trouvent que la retraite ne correspond pas à leur besoin d’activité, ouvrent à nouveau leur première boulangerie de l’hôtel des Bains sous la forme d’une succursale de l’entreprise de leur fils. Ce commerce sera géré ensuite par une cousine, puis par la sœur de Guton, Louise Maillard-Schrag, la mère de Maurice Maillard.

En 1934, Guton ajoute un tea-room à la boulangerie et procède à d’importantes rénovations de ses installations. Quelques années plus tard, il déménage sa succursale de l’hôtel des Bains pour l’installer l’immeuble du Cercle Démocratique de la Veveyse, emplacement actuel. Survient alors la Seconde Guerre Mondiale.

Guton meurt en 1948, victime d’un tragique accident. Sa veuve, Mme J. Schrag, assure l’intérim et continue la production des pains d’anis qui font la réputation de la maison. Le 27 août 1952, l’immeuble et le commerce sont repris par l’actuel propriétaire Maurice Maillard, neveu de d’Auguste Schrag et petit-fils du fondateur Emile Schrag. Le pain coûte alors 73 cts. Suivant l’exemple de ses prédécesseurs, Maurice Maillard va faire progresser encore l’entreprise et l’adapter aux évolutions de la vie moderne.

En 1960, le pain vaut 65 cts et Châtel compte encore 8 boulangeries. La partie commerciale et le laboratoire sont complètement transformés. Un nouveau tea-room est ouvert et le laboratoire fait peau neuve : four électrique avec appareils à enfourner, un parc de machines modernes. Tous ces travaux prennent beaucoup de temps mais, en octobre 1961, on fête dignement l’inauguration des nouveaux locaux. Le fournil de boulangerie prend sa place actuelle.

En 1968, la succursale de la Place est rénovée avec l’une des premières vitrines réfrigérées pour la pâtisserie, le fameux Rotor. Une année après en 1969, le pain est à 1.-, un four à mazout vient augmenter la surface de cuisson devenue insuffisante.

En 1972, Christiane et Frédy viennent épauler leurs parents, il ne reste alors que 4 boulangerie en ville. On voit également s’effectuer la dernière étape d’un plan de modernisation patiemment mis au point. Le reste de l’immeuble est transformé, on installe une nouvelle pâtisserie avec son propre four, installation rendue nécessaire par le développement réjouissant de la pâtisserie. De nouvelles machines de fabrication, une chambre froide, des locaux d’entreposage des matières premières permettent dès lors une diversification des produits fabriqués et une modernisation des méthodes de travail, tout ce qui est nécessaire pour satisfaire les besoins de la clientèle la plus exigeante.

En 1981, l’autoroute A12 ouvre son ruban de bitume, les pains d’anis voyage par poste jusqu’au Danemark et au plus profond de la République Fédérale d’Allemagne, le Mur de Berlin est encore bien là.
En 1986, le pain coûte 1,80 frs, Maurice Maillard transforme encore une fois le magasin et le tea-room de la Grand-rue pour leurs donner leurs formes d’aujourd’hui. Quelques années plus tard en 1989, désirant prendre une retraite bien méritée, ses enfants ayant pris des chemins différents, Maurice Maillard remet sa boulangerie en location à M. Georges Suard. Il reste ainsi propriétaire de l’immeuble et le pain coûte 2,20 Frs.

2001, à l’heure de la mondialisation et d’Internet, Thierry Grand, fils de Christiane et de facto petit-fils de Maurice Maillard reprend le flambeau, ou plutôt les fourneaux. Surpris par la renommée encore bien vivace de la ? Maison Maillard ?, il fonde avec son grand-père Maurice et sa maman Christiane, Maillard Gourmandises et Traditions.

Soucieux des traditions de la maison, travail bien fait, qualité du produit offert, il reproduit les anciennes recettes qui ont fait la réputation de cette boulangerie depuis bientôt 110 ans. La première initiative de Maillard Gourmandises et Traditions a été la rénovation de la succursale de la Place. Cette transformation, devenue nécessaire de par les nouvelles directives ODAL (Ordonnance fédérale sur les denrées alimentaires), permet de vous servir dans des conditions quasi optimales et dans un cadre fonctionnel et attractif. L’une des initiatives suivantes est aujourd’hui devant vos yeux, le site Internet www.cuchaule.com ouvre ainsi une vitrine mondiale pour cette maison de longue tradition.

Septembre 2002, une nouvelle étape importante vient marquer la vie de l'entreprise : ouverture d'un troisième point de vente au Bourg 20 à Oron-la-Ville. D'emblée le succès est au rendez-vous, créant ainsi 7 places de travail représentant 4 postes plein-temps.

Mais que reste-t-il de l’entreprise d’Emile Schrag de 1892 ?

Rien si l’on se borne à observer l’installation, tout si l’on veut bien penser aux traditions de la maison, au goût du travail bien fait, à la qualité du produit offert et surtout aux pains d’anis qui sont restés les mêmes, bons comme autrefois.

L’équipe ? Maillard ?se compose de 34 personnes qui vous servent au tea-room ou préparent et livrent pour vous des délicatesses qui enchantent les palais les plus difficiles.